
Migrations médicales : discussion sur la mise en place d’une nouvelle politique publique encadrante.
Dans le prolongement de nos précédentes analyses sur les déséquilibres du système de santé marocain, cet article propose une lecture actualisée de la migration médicale, à la lumière des récentes orientations exprimées lors d’une rencontre organisée par le groupe istiqlalien pour l’Unité et de l’Égalitarisme à la Chambre des conseillers et la Fondation des enseignants médecins libéraux sur la migration des compétences médicales marocaines, tenue le 4 juin 2025. Ce moment politique marque un tournant : la mobilité des professionnels de santé marocains est désormais envisagée comme un enjeu stratégique de politique publique, appelant à des réponses à la fois structurelles, incitatives et coopératives.
Une première reconnaissance politique de l’enjeu :
Organisée à Rabat, la rencontre a été marquée par l’intervention du ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche Scientifique et de l’Innovation, Pr Azzedine El Midaoui, qui a appelé à l’élaboration d’une politique publique pour encadrer la migration des professionnels de santé.
El Midaoui a insisté sur la nécessité de distinguer entre une migration “subie”, poussée par le manque de perspectives locales, et une mobilité “choisie”, valorisée et encadrée, qui pourrait à terme profiter aux deux rives. Cette reconnaissance politique ouvre la voie à un débat stratégique où plusieurs solutions et incitations ont été proposées.
Les pistes de régulation : entre coopération et incitation :
Dans cette optique, plusieurs experts en santé publique, à l’instar du Pr Brahim Lakhal, doyen de la faculté de médecine de Rabat, ont formulé des recommandations concrètes visant à renforcer la résilience du système de santé marocain. Ces propositions s’inscrivent dans une logique de réforme structurelle, cherchant à répondre aux causes profondes de la migration des compétences médicales. Parmi les leviers évoqués par le Pr Lakhal figurent notamment :
- Amélioration de l’attractivité du secteur public.
- Révision de la période contractuelle des médecins.
- Mise en place de partenariats internationaux en faisant de la migration un mouvement encadré et un levier pour le système de santé.
- Valorisation du médecin marocain et son accompagnement durant son parcours professionnel.
- Encouragement des médecins à retourner dans le pays de ces compétences.
- Amélioration de la structure et des conditions de travail pour plus d’attractivité.
Toujours selon le doyen, la migration ne devrait pas être perçue selon un prisme négatif seulement mais devrait être perçue comme une opportunité pour la recherche d’horizons plus larges en matière de formation et d’acquisition d’expertise dans un système plus développé avec des parcours ouverts.
D’autres experts ont apporté leur avis aiguisé sur le sujet parmi eux : le président du groupe istiqlalien de l’unité et de l’égalitarisme à la chambre des conseillers, Abdesslam Lebbar, pense que la mise en place d’une nouvelle politique publique qui régit la migration est une nécessité. D’où la création d’un espace scientifique interactif pour discuter le phénomène sous plusieurs angles combinant les différentes dimensions avec pour objectif de tirer profit des expériences internationales.
Le président du conseil de la communauté marocaine à l’étranger, Driss Yazami quant à lui a exprimé l’existence d’une concurrence acharnée entre les différents pays du monde pour attirer les compétences médicales marocaines ainsi que les professionnels de la santé.
Conclusion :
Pour conclure, la volonté politique récemment affichée de mieux encadrer la fuite des cerveaux médicaux au Maroc constitue une avancée importante dans la reconnaissance d’un enjeu crucial pour le système de santé national. Toutefois, cette prise de conscience doit impérativement s’accompagner d’une action concrète et structurante, capable d’adresser les causes profondes du phénomène.
La réussite d’une telle politique passera par une réforme globale qui intègre à la fois l’amélioration des conditions de travail, la valorisation des carrières médicales, une meilleure répartition territoriale des ressources humaines, ainsi qu’un dialogue ouvert avec les professionnels de santé, y compris ceux de la diaspora.
Enfin, il est essentiel d’aborder la migration médicale non seulement comme un défi à limiter, mais aussi comme une opportunité à encadrer, permettant d’enrichir le système national à travers des parcours professionnels plus flexibles et des coopérations internationales renforcées. Sans cette vision globale et réaliste, le risque demeure que les discours restent lettre morte face à l’urgence d’un déficit médical qui menace la qualité des soins pour toute la population.