
Vaccins en crise de confiance ? Décrypter la réticence vaccinale en Afrique.
En 2025, un jeune adulte sur trois dans le monde hésite à faire vacciner ses enfants contre des maladies infantiles pourtant évitables comme la rougeole, la polio ou la coqueluche. C’est l’un des constats marquants du 2025 Edelman Trust Barometer, qui révèle que 46 % des 18-34 ans ne sont pas favorables à l’ensemble des vaccins infantiles, contre 31 % chez les plus de 55 ans.
L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) alerte sur une baisse de la couverture vaccinale, conséquence directe des perturbations liées à la pandémie de COVID-19 et d’une « dette immunitaire » accumulée. Ce phénomène révèle une défiance grandissante, alimentée par la désinformation et le doute envers les institutions sanitaires.
Une crise de confiance à l’échelle africaine :
Dès 2019, l’OMS identifie la réticence vaccinale comme l’une des dix principales menaces pour la santé mondiale. Trois ans plus tard, cette alerte se confirme : selon les données d’Afrobarometer (2022), environ 4 Africains sur 10 doutaient encore de l’efficacité des vaccins contre la Covid-19. Cette méfiance n’est pas uniforme : elle varie fortement selon les pays, en fonction du niveau de confiance dans les institutions, des systèmes de santé, et des sources d’information privilégiées. Ainsi, au Maroc, 74 % des citoyens déclaraient avoir « quelque peu » ou « beaucoup » confiance dans la capacité de leur gouvernement à garantir l’innocuité des vaccins. À l’inverse, ce taux tombe à seulement 15 % au Sénégal, révélant une fracture nette entre les perceptions nationales. Quant au Niger, 56 % n’y croient que peu ou pas du tout.
Facteurs d’hésitation vaccinale
Les pays où les citoyens s’informent davantage via les réseaux sociaux, par exemple, enregistrent souvent des taux de scepticisme plus élevés dûe au phénomènes des fakes news. Si un niveau d’éducation plus faible est généralement associé à une plus grande hésitation, cette corrélation n’est pas systématique. En effet, seulement 48 % des citoyens africains déclarent vouloir se faire vacciner contre le COVID-19, malgré un bon niveau d’information (84%).
Au-delà de l’influence des fake news, ces réticences s’enracinent aussi dans une mémoire collective marquée par l’héritage colonial, ainsi qu’un rapport ambivalent à la médecine dite « occidentale ».
La situation au Maroc :
Cette tendance mondiale, portée par la montée des réseaux sociaux et la défiance envers les institutions, n’épargne pas le Maroc où la résurgence de la rougeole illustre les effets de cette crise silencieuse de la confiance vaccinale.
Au début de la pandémie de Covid-19, le Maroc avait été salué pour la rapidité et l’efficacité de sa campagne de vaccination. Grâce à une forte centralisation des décisions, à un accès rapide aux vaccins et à une mobilisation logistique inédite, le Royaume avait su instaurer un climat de confiance, du moins temporaire. Pourtant, cette dynamique semble aujourd’hui s’être essoufflée.
Octobre 2023, le Maroc assiste à un retour brutal d’une maladie que l’on croyait éradiquée : la rougeole. Avec près de 20 000 cas confirmés et plus de 100 décès, dont une majorité d’enfants de moins de 12 ans, la situation a rapidement pris des allures d’urgence sanitaire au début de 2025 : une recrudescence inhabituelle de la rougeole est observée dans plusieurs régions du pays, dont Ifrane, Al Hoceima et Taza. Cette situation serait directement liée à la baisse du taux de vaccination infantile. Le Dr Afif évoque un désintérêt croissant des familles pour les rappels et les rendez-vous vaccinaux, phénomène qui s’est aggravé depuis la pandémie. Certains centres de santé ont même dû lancer des campagnes de rattrapage dans l’urgence pour tenter de combler les retards.
Comment expliquer ce relâchement ?
Ce relâchement vaccinal pourrait s’expliquer par plusieurs facteurs. D’une part, ce qu’on peut qualifier de fatigue post-pandémique semble avoir laissé une empreinte durable sur la population : après des mois de contraintes et de messages anxiogènes, une partie des citoyens s’est éloignée des recommandations sanitaires. Ensuite, les discours complotistes et anti-vaccins, largement diffusés sur les réseaux sociaux durant la crise du Covid-19, ont laissé des traces. Et enfin, comme le démontrent les chiffres, une forme de méfiance latente envers les institutions publiques et les systèmes de santé semble avoir été ravivée par la pandémie, contribuant à la désaffection vaccinale actuelle.
Pistes d’action : que faire face à cette défiance ? Les solutions données :
En se basant sur l’étude exécuté par le baromètre africain, plusieurs recommandations ont été proposées :
- Investir dans la formation des agents de santé communautaires comme figures de confiance.
- Élaborer des campagnes de communication localisées, culturellement sensibles, et centrées sur les bénéfices réels.
- Renforcer la transparence scientifique sur les effets secondaires rares.
- Penser les vaccins comme des biens publics plutôt que des produits industriels.
- Créer un calculateur risque/bénéfice accessible pour le grand public.
- Réancrer la vaccination dans une logique de santé publique de proximité, surtout dans les zones défavorisées.
Conclusion :
La flambée de rougeole au Maroc, survenue à peine deux ans après la sortie de la crise sanitaire mondiale, agit comme un signal d’alarme : au-delà des effets épidémiologiques immédiats, la pandémie de Covid-19 a profondément ébranlé la relation entre les citoyens et les politiques de santé publique. Ce retour brutal d’une maladie que l’on croyait sous contrôle met en lumière la circulation massive de désinformation et un désengagement progressif des populations.
Si des réponses existent : renforcer la proximité sanitaire, réinvestir les territoires marginalisés, et surtout restaurer la confiance ; elles nécessitent un engagement politique fort et continu, loin des logiques d’urgence ponctuelle. L’Afrique dans son ensemble partage ce défi, avec des dynamiques nationales contrastées mais une fragilité commune dans la perception du risque et la légitimité des institutions. Mais une question demeure : le Maroc et plus largement l’Afrique saura-t-il tirer les leçons de cette alerte pour reconstruire une adhésion collective au geste vaccinal, ou assisterons-nous à une résurgence silencieuse de maladies évitables ?