
Réforme de la santé : lancement du premier Groupement Sanitaire Territorial à Tanger–Tétouan–Al Hoceïma
La région Tanger–Tétouan–Al Hoceïma inaugure le premier Groupement Sanitaire Territorial (GST) du Maroc, marquant une étape clé vers une gouvernance régionale de la santé, inscrite dans la vision du Nouveau Modèle de Développement.
Ce dispositif pilote, destiné à être progressivement étendu à l’ensemble du Royaume, a tenu son premier conseil d’administration le 29 juillet 2025 au CHU de Tanger, sous la présidence du Chef du gouvernement Aziz Akhannouch. À cette occasion, ont été adoptés le programme d’action, le budget 2025 et l’organigramme du GST, dirigé par le Dr Mohamed Akkouri, ancien directeur du CHU Mohammed VI de Tanger. Ce conseil rassemble représentants institutionnels, professionnels de santé élus et experts indépendants, conformément au cadre réglementaire établi.
Qu’est-ce qu’un GST ?
Il s’agit d’un dispositif autonome sur le plan juridique et financier qui a pour objectif principal de désengorger le ministère et les CHU pour une gestion plus locale et efficace. Remplaçant les anciennes directions régionales de santé, il regroupe la majorité des établissements publics civils et organise l’offre de soins autour d’une hiérarchie claire :
- Centres de santé de proximité (ESSP).
- Centres hospitaliers provinciaux (CHP),
- Centres hospitaliers régionaux (CHR).
- CHU central.
Par ailleurs, chaque GST dispose d’un conseil d’administration réunissant représentants gouvernementaux, autorités financières et professionnels de santé (enseignants‑chercheurs, médecins, infirmiers).
Son fonctionnement s’inscrit dans un cadre légal claire : l’ensemble du dispositif est encadré par la loi n° 08‑22, avec un décret d’application arrêté en 2023 pour les 12 régions marocaines. Bien que dotés d’autonomie, les GST demeurent sous tutelle financière de l’état pour garantir la transparence et la responsabilité publique.
Les Missions clés :
Le Groupement Sanitaire Territorial (GST) a pour mission centrale de structurer et coordonner l’offre de soins à l’échelle régionale, en articulant les différents niveaux de prise en charge centres de santé de proximité, hôpitaux provinciaux, hôpitaux régionaux et CHU.
Il assure une gestion budgétaire décentralisée, pilote la coordination des établissements publics de santé et supervise le lancement des appels d’offres. Le GST joue également un rôle stratégique dans le développement des compétences médicales à travers l’organisation de la formation et la promotion de la recherche, renforçant ainsi l’efficacité et la qualité des services de santé au plus près des besoins des populations.
Ressources humaines & Digitalisation :
Près de 9 900 professionnels de santé sont concernés par le GST de Tanger–Tétouan–Al Hoceïma. Un statut-type est actuellement en discussion avec les syndicats, afin d’harmoniser les règles de recrutement, de rémunération, de mobilité et d’indemnisation, ainsi que les procédures de transfert interne du personnel entre les différents établissements de la région.
L’objectif est double : garantir de meilleures conditions de travail et créer un cadre motivant et attractif pour fidéliser les talents. Cette réforme des ressources humaines constitue un levier essentiel pour soutenir l’efficacité du GST et assurer la continuité des soins, notamment dans les zones rurales et périphériques.
Afin d’optimiser la coordination et le suivi des soins, le GST mise fortement sur le numérique. Parmi les initiatives en cours :
- Système d’information hospitalier généralisé à 20 hôpitaux, permettant une gestion intégrée des dossiers patients.
- Digitalisation de 289 centres de santé pour fluidifier l’accès et la gestion des données médicales.
- Plateforme de rendez-vous en ligne pour réduire les délais d’attente et améliorer l’orientation des patients.
- Carnet de vaccination électronique et base patient interconnectée pour un suivi préventif renforcé et une meilleure continuité des soins entre les différents niveaux du système.
Cette transition numérique vise à rendre le parcours patient plus fluide, tout en améliorant la transparence et la traçabilité des actes médicaux.
Enjeux et perspectives :
En structurant l’offre de soins, en optimisant la gestion budgétaire et en misant sur l’innovation numérique, le GST ambitionne d’améliorer significativement la qualité et l’accessibilité des services de santé. Toutefois, le succès de ce modèle pilote dépendra de sa capacité à résoudre l’un de ses défis majeurs : la pénurie de spécialistes médicaux.
Avec seulement 18 urgentistes et 63 anesthésistes pour plus de 4 millions d’habitants, la région souffre d’un déficit qui pourrait ralentir la montée en puissance du dispositif.
L’enjeu sera donc de concilier réforme structurelle, attractivité des carrières médicales et répartition équitable des ressources pour garantir l’efficacité de ce modèle dans l’ensemble du Royaume.
Conclusion :
Le lancement du GST de Tanger–Tétouan–Al Hoceïma marque une étape structurante dans la réforme du système de santé marocain, en misant sur la décentralisation, la coordination et l’innovation numérique. En modernisant l’organisation des soins, en renforçant les capacités humaines et en digitalisant les services, ce modèle pilote incarne l’ambition d’un service de santé plus proche des citoyens et mieux adapté aux besoins locaux. Mais face à la pénurie persistante de spécialistes, la réussite de cette réforme dépendra de sa capacité à attirer, former et retenir les talents médicaux. Reste à savoir : le GST pourra-t-il tenir sa promesse d’un accès équitable et de qualité aux soins dans toutes les régions du Royaume ?