
Nouvelle réforme sanitaire en Mauritanie
En Mauritanie, la santé est à la fois une urgence sociale et un défi structurel. Faible couverture sanitaire, manque criant de médecins, infrastructures inégalement réparties, pénuries chroniques de médicaments : le système peine à répondre aux besoins d’une population où plus des trois quarts redoutent de ne pas pouvoir se soigner. Face à cette crise de confiance et à des inégalités territoriales marquées, le gouvernement engage une réforme d’ampleur, dotée d’un budget inédit et articulée autour de leviers stratégiques pour transformer durablement le paysage sanitaire.
Un système de santé fragilisé et inégalitaire :
Le système de santé mauritanien se heurte à de profondes fragilités structurelles. L’étude conduite par Afrobarometer entre décembre 2024 et janvier 2025 met en lumière ces fragilités. Parmi elles, le manque criant de personnel médical qualifié avec seulement 26 médecins pour 100 000 habitants, un ratio largement inférieur aux standards internationaux ( organisation mondiale de la santé) ce qui constitue un obstacle majeur. À cela s’ajoutent le coût élevé des soins et les ruptures fréquentes de médicaments ou de matériel médical, qui fragilisent encore davantage l’accès aux traitements.
Ces difficultés sont aggravées par une couverture sanitaire limitée : seuls deux Mauritaniens sur dix disposent d’une assurance maladie, principalement via l’État ou la fonction publique. Cette faible protection nourrit les inquiétudes : plus des trois quarts de la population redoutent de ne pas pouvoir se soigner ou de ne pas être en mesure de financer les traitements nécessaires.
L’accessibilité géographique constitue un autre facteur déterminant dans la fragilité du système de santé. Si 64 % des zones du pays disposent d’au moins un établissement de santé public ou privé, 36 % en sont totalement dépourvues, ce qui creuse les inégalités territoriales dans l’accès aux soins.
Ces craintes trouvent un écho dans l’expérience quotidienne des patients. Près de six citoyens sur dix ont récemment eu recours à un centre de santé public, mais la majorité se sont heurtés à de sérieux obstacles : 88 % signalent des délais d’attente excessifs, 73 % dénoncent un manque de personnel et 76 % pointent la pénurie de médicaments et la vétusté des infrastructures. Plus préoccupant encore, trois patients sur dix affirment avoir dû verser un pot-de-vin ou accorder une faveur pour accéder aux soins.
Une réforme ambitieuse au service de la santé publique :
Pour répondre à ces difficultés, le ministre mauritanien de la Santé a engagé une réforme ambitieuse, avec une attention particulière portée aux populations les plus vulnérables. Le budget 2025 alloue 56,5 millions de dollars au secteur, traduisant un engagement financier significatif en faveur de l’amélioration du système sanitaire national. L’objectif est clair : restaurer la confiance des citoyens, aujourd’hui fragilisée, puisque 23 % de la population déclarent ne pas avoir du tout confiance dans le ministère de la Santé. Pour y parvenir, Nouakchott mise sur plusieurs leviers :
Renforcement des infrastructures
Cela passe par la construction et la réhabilitation de nombreux centres de soins à travers le pays, notamment la modernisation du Centre national de transfusion sanguine (CNTS) et du Centre régional de transfusion sanguine (CRTS) de Kiffa. À cela s’ajoute la mise en service de plusieurs hôpitaux régionaux de référence et de nouveaux hôpitaux de district, ainsi que la construction prévue de trois hôpitaux supplémentaires.
Une gouvernance modernisée et améliorée
Pour assurer une nouvelle gouvernance du secteur , la Mauritanie mène une lutte permanente et active contre la corruption tout en promouvant une véritable culture de transparence dans la gestion des établissements et des programmes de santé. Cela implique également le renforcement du cadre réglementaire, avec l’adoption de mesures spécifiques encadrant le secteur privé afin de garantir sa complémentarité avec le secteur public dans la fourniture des soins.
Une meilleure allocation des ressources humaines
Cela passe par le recrutement et le renforcement des effectifs. En 2024, le ministère de la Santé a déjà intégré environ 700 agents de santé, toutes catégories confondues, afin de pallier le déficit en personnel qualifié. Pour fidéliser et motiver ces ressources, la réforme prévoit une gestion plus équitable des carrières, le versement régulier des primes et autres incitations. L’objectif est double : réduire la pénurie de compétences et renforcer l’engagement des professionnels de santé. Par ailleurs, une meilleure coordination entre les niveaux de gouvernance central, régional et local est instaurée, garantissant un pilotage plus cohérent et inclusif de l’allocation des ressources humaines.
Une refonte des mécanismes de financement
Cette refonte passe idéalement par la mise en place d’une couverture sanitaire universelle et la gratuité généralisée des soins. Toutefois, la conjoncture économique du pays rend ces objectifs difficilement atteignables, et le réseau encore embryonnaire de mutuelles ne permet pas de soutenir efficacement l’extension de l’assurance maladie.
Face à ces contraintes, le gouvernement a opté pour une alternative : la tarification à l’activité (T2A), ou paiement à l’acte. Ce dispositif consiste à rémunérer les hôpitaux en fonction du nombre et du type d’actes réellement effectués. Il vise à améliorer l’efficience du système, à renforcer la gestion et la traçabilité des ressources, tout en permettant une meilleure adaptation de l’offre de soins aux besoins de la population.
Conclusion :
La réforme du système de santé mauritanien représente bien plus qu’un simple ajustement technique : elle incarne une tentative de rupture avec un modèle marqué par des inégalités persistantes et une défiance citoyenne croissante. En combinant investissements ciblés, gouvernance renforcée, modernisation des infrastructures et optimisation des ressources humaines, le pays ambitionne de jeter les bases d’un système plus équitable et résilient. Mais au-delà des intentions et des budgets alloués, le véritable enjeu réside dans la capacité à maintenir cet élan sur le long terme et à traduire les promesses en résultats tangibles.