
Vers une santé publique proactive au Maroc et en Afrique : réduire les risques, renforcer la prévention
À l’occasion du Global Health Diplomacy Symposium, organisé à Casablanca les 4 et 5 septembre 2025, experts médicaux, chercheurs, décideurs et représentants de la société civile ont débattu de l’avenir des politiques de santé au Maroc et en Afrique.
Dans un contexte marqué par une croissance démographique soutenue et une population majoritairement jeune, les systèmes de santé africains se trouvent face à un tournant : rester dans une logique réactive centrée sur le traitement, ou évoluer vers une approche proactive, axée sur la prévention et la réduction des risques, adaptée aux réalités locales (Le Desk, 2025).
1. Des systèmes de santé encore dominés par le modèle réactif
Historiquement, la gestion de la santé au Maroc et dans de nombreux pays africains s’est focalisée sur le traitement des maladies, souvent à un stade avancé.
Cette approche entraîne un coût humain, économique et social élevé, particulièrement face à l’augmentation des maladies chroniques liées aux modes de vie contemporains (tabac, obésité, sédentarité, consommation d’alcool).
Le professeur britannique Peter Harper (King’s College London) rappelle que :
« Dans une nation jeune comme la vôtre, le seul moyen d’éviter les pièges du mode de vie occidental est la prévention. Avec le vieillissement, vous rencontrerez les mêmes problèmes que nous avons connus, avec un système de santé surchargé » (Le Desk, 2025).
2. La réduction des risques : un levier pragmatique et progressif
Contrairement à une approche binaire centrée sur l’interdiction, la réduction des risques consiste à limiter les méfaits des comportements nocifs tout en tenant compte des réalités sociales, économiques et culturelles.
- Tabac : L’exemple suédois du snus et l’essor de solutions alternatives (cigarettes électroniques, tabac chauffé) montrent qu’il est possible de réduire les risques sans passer par une interdiction radicale. Harper souligne que « dire arrêter ou mourir ne fonctionne pas », plaidant pour des solutions de substitution graduelles (Le Desk, 2025).
- Obésité et sédentarité : Des programmes de rééducation alimentaire, de promotion de l’activité physique adaptée et de suivi personnalisé s’avèrent plus efficaces que des campagnes culpabilisantes. De nouvelles options pharmacologiques (traitements anti-obésité ciblant l’inflammation chronique) offrent également des perspectives prometteuses.
- Prévention primaire : La vaccination, notamment contre le papillomavirus humain (HPV), représente une avancée majeure. L’Afrique concentre 23 % de la mortalité mondiale par cancer du col de l’utérus, soit 153 000 décès en 2022. Une généralisation de la vaccination pourrait prévenir jusqu’à 85 % des cas et sauver plus de 30 000 vies chaque année (Banque mondiale, 2022).
3. Les acteurs stratégiques au cœur de la transformation
La mise en œuvre d’une approche de réduction des risques exige une gouvernance sanitaire inclusive et une mobilisation coordonnée :
- Société civile & monde académique : diffusion des preuves scientifiques, sensibilisation et contextualisation des politiques pour renforcer l’adhésion sociale.
- Institutions internationales (OMS, FDA, Banque mondiale) : rôle crucial dans la validation scientifique, l’élaboration de normes et l’appui technique aux régulateurs africains. Par exemple, l’Outil d’évaluation globale (OEG) de l’OMS permet de mesurer la capacité des pays à garantir la sécurité des médicaments et dispositifs médicaux.
- Coopération Sud-Sud : un levier essentiel pour développer des modèles africains adaptés, en évitant les erreurs des systèmes occidentaux vieillissants. Cette diplomatie sanitaire proactive est au service de la souveraineté sanitaire du continent.
4. Recommandations stratégiques pour le Maroc et l’Afrique
Pour concrétiser cette transition, plusieurs priorités se dégagent :
- Institutionnaliser la prévention : intégrer la réduction des risques dans les politiques publiques de santé et dans la couverture sanitaire universelle.
- Diversifier les solutions : combiner innovation médicale, mesures comportementales et accompagnement social plutôt que miser sur une approche unique.
- Renforcer la régulation : encadrer scientifiquement les alternatives (tabac chauffé, e-cigarette, nouveaux traitements) pour éviter dérives commerciales et garantir la sécurité des patients.
- Mobiliser la société civile : impliquer associations, communautés locales et acteurs religieux ou culturels pour lutter contre la stigmatisation et faciliter l’adhésion.
- Promouvoir la coopération régionale : favoriser le partage d’expériences entre pays africains afin de bâtir des modèles endogènes de gouvernance sanitaire.
Conclusion
La transition vers une santé publique proactive au Maroc et en Afrique repose sur une logique de réduction des risques, d’innovation et de gouvernance partagée.
Plutôt que d’opposer prévention et traitement, il s’agit de combiner pragmatisme et flexibilité, en plaçant la science et l’adaptation locale au centre des politiques.
Si ces réformes sont intégrées de manière progressive et inclusive, le continent pourra anticiper les défis sanitaires futurs, réduire la charge des maladies chroniques et construire un système de santé plus résilient, équitable et durable.